Un Chaton à l’agence


14 juin 2017
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Depuis la cérémonie de remise des prix, mardi dernier, on est très fier qu’un chaton (d’or !) se ballade dans nos murs.

Léo Antonini a gagné le Chaton d’or dans la catégorie ART ET CULTURE(S) : PRIX DES MOTS ENGAGÉS

Je ne vais pas en dire plus. Je vous laisse lire et réagir. Nous on Like !

 

Cette idée m’est venue en tentant pour la énième fois de défendre la pub en soirée. Un exercice fastidieux, surtout lorsqu’on se heurte à certaines réalités.

T’es un vendu.

À ce qu’il paraît, travailler dans la pub, c’est être un vendu.

C’est une chose curieuse, que d’être un vendu.

Curieux, pour une génération qui, – plus qu’aucune autre –, vend son temps contre de l’argent ; et ne se fait pas bien cher payer.

Pourtant, force est de le reconnaître : je suis un vendu.

Peut être moins que d’autres, mais sûrement plus que la plupart. Et toi aussi, t’es un vendu.

On a accepté, – à des degrés différents je le conçois –, de mettre notre créativité́ au service du capital. De prostituer ce qui aurait un jour pu timidement aspirer à être… de l’art.

Pragmatiques jusqu’à l’écoeurement, on a vendu notre âme par peur d’en manquer.

Pire, le tapis roulant d’une vie passée sous le signe du retard éternel se déroule nonchalamment devant nous… Avec pour seule promesse, l’assurance d’une relative pérennité́ financière, couplée à une existence plutôt morose, pavée de frustrations et teintée de stress.

Alors on se résigne.

Oui, je suis un vendu. Un triste rouage du capital, une épine dans le pied du progrès social et humain : un retardataire ; une relique d’un temps qu’on espère passé… mais qui ne le sera probablement jamais.

Un mal nécessaire, finalement… qui essaye de se rattraper à coup de jeux de mots alambiques et autres feintes qui n’existent que pour amuser ; pour divertir, pour flatter.

Mais une chose est sûre : le jour où une de mes opérations permettra aux gens de se décoller, -fut-ce une journée -, de la triste réalité́ ; – le jour où une de mes opérations aura pour effet de faire sortir les gens de chez eux et de leur faire apprécier le monde tel qu’il est… alors ma carrière de vendu sera à son apogée.

Et on me glorifiera comme un vendu, mais un vendu bien avisé. Tout compte fait, je veux bien être un vendu.

Et j’espère que pour les mêmes raisons, – toi aussi – tu as un jour embrassé cette idée.

Ce discours est lu par Jacques Séguéla.

Léo Antonini

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