BILLET D’HUMEUR D’UNE PUBLICITAIRE CONTRE LE SEXISME AMBIANT


19 mars 2019
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Pour la première fois, en tant que patronne d’agence, j’ai envie de « l’ouvrir » 

Il y a 25 ans, j’ai décidé de monter ma propre agence, dans un élan spontané, motivé par une première expérience de salariée qui ne correspondait plus à mes attentes. En devenant entrepreneuse, j’ai choisi mes associés, j’ai choisi les individus avec qui je voulais bosser et ensemble nous avons fait avancer et grandir l’agence, sans sexisme, sans brutalité. Grenade & Sparks s’est construite sur cette considération absolument égalitaire entre hommes et femmes. Elle est la preuve que c’est possible.

J’ai beaucoup de choses à dire « finalement » 25 ans plus tard :

Dans ma première agence, notre patron tous les matins rentrait dans la salle où toutes les chefs de pubs étaient réunies (les boss mâles étaient à l’étage avec les assistantes et les RP !) et nous lâchait avec un petit sourire content de lui : « ça va les charrues ? » et il recommençait le lendemain matin. Nous, comme dans une basse-cour, on gloussait bêtement….

J’adore mon métier de publicitaire, mais avouons-le :  notre métier est vraiment dur. Dur, parce qu’il faut avoir des idées mais surtout savoir les vendre et cher.

Forcément il attire les belles mécaniques intellectuelles, les personnes séduisantes, charismatiques, sûres d’elles, intuitives et travailleuses, et recrute toujours dans une même catégorie de personnalités et profils psychologiques. Des postes de dirigeants qui, pour l’instant, sont majoritairement trustés par des hommes.

On le connait par cœur, ce beau gosse, super brillant, qui parle bien, qui arrive à enchanter son auditoire, avec un raisonnement fine lame, de l’humour, une vraie présence physique. On le retrouve également en politique, chez les avocats, dans le cinéma… Seulement celui-là même, tout chef qu’il est, a besoin d’un public pour montrer qu’il est le plus fort, prouver qu’il a du pouvoir, se rassurer sur sa séduction, qu’il teste d’ailleurs constamment. Il s’aime, s’auto-admire, ne parle que de lui, fait des blagues à 2 balles, souvent aux dépens des autres, et surtout aux dépens des filles…qu’il aime tant séduire.

« Dans une organisation comme chez Grenade & Sparks, où il y a parité homme / femme au codir, un profil comme décrit ici s’éjecte tout seul, n’arrivant pas à s’imposer pour prendre le lead à lui tout seul. Jamais à l’agence, un dirigeant n’a confondu leadership et abus de pouvoir. Ça ne nous empêche pas de nous marrer et même de rire de tout. »

 

La bienveillance crée l’engagement

Il y a quelques jours, notre nouveau Directeur de Création s’étonnait de la bienveillance qui règne à l’agence, du côté humain qui s’en dégage. Et c’est une réflexion qu’on me fait souvent : « les gens ont l’air heureux ici », « il y a une bonne ambiance, j’ai été très bien accueilli », « Ça change des autres agences » …

Au début, je me suis posée quelques questions : aurais-je un management trop consensuel, donc pas efficace, trop laxiste ? Mais non, bien au contraire. La bienveillance est une vraie valeur et n’empêche pas de dire des choses difficiles voire désagréables. Notre métier est dur, je l’ai déjà dit. Nos clients qui sont dans des grosses boites sont mal traités, stressés, reportent leur mal être sur les agences et créent des relations toxiques. L’entraide, la gentillesse, la reconnaissance, la confiance entre collaborateurs le rendent plus supportable.

 

Et maintenant, on fait quoi ?

Aujourd’hui la profession est en train de se féminiser. Même dans les hauts étages et c’est une bonne chose. Les femmes doivent briguer plus de postes stratégiques, à la direction, au commercial et surtout à la création. Les agences dirigées par des femmes ne doivent plus être des exceptions.

Mais attention aux revendications revanchardes. Ce n’est pas une raison pour devenir haineuse, balancer à tout va, voire jouer parfois le jeu des RH peu scrupuleux qui trouvent avec le harcèlement un bon moyen de se débarrasser des salariés chers, sans rien payer. Là aussi, il y a des vrais dossiers ! Non les femmes doivent investir les postes clés pour faire bouger les lignes, à commencer par les stéréotypes féminins que nous véhiculons encore trop dans les campagnes de pub. Les femmes doivent oser. Oser parler en réunion, avoir des convictions, se battre et surtout ne plus jamais accepter l’inacceptable.

Il y a plein d’agences où tracer son chemin.

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