BLOCKCHAIN ET SMART CITY : INTERVIEW DE JEAN DE COUET DANS CONSTRUCOM


31 mai 2018
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Smart City : la blockchain peut-elle tuer l’uberisation ?

La blockchain pourrait bouleverser l’organisation des villes, notamment en matière d’énergie et de transport. Quels sont les enjeux et risques d’une telle mutation ? Eclairage et analyse avec Jean de Couët, fondateur de Territoire.

Et si la ville de demain était pilotée par des projets reliés par la blockchain ? Procédée utilisée pour les cryptomonnaies, la blockchain est un système d’échange sécurisé qui permet d’interagir avec tout le monde sans intermédiaire. En clair, elle évite l’utilisation des plateformes de mise en relation de type « Uber ». « Elle supprime le tiers de confiance », précise Jean de Couët, vice-Président de Grenade & Sparks et fondateur de Territoire, agence dédiée aux mutations des territoires. Exit les organes centrales ! Les usagers n’auront plus besoin de fournir leurs coordonnées et datas, ils passeront en direct à l’instar du peer to peer : « Les plateformes telles qu’Airbnb ou Uber ne seront plus nécessaires. La blockchain ubérise uber. Elle le tue même en allant plus loin dans la démarche », souligne Jean de Couët.

Energie et transport aux avant-postes

Concrètement comment cela se traduit dans les villes ? En matière d’énergie, on voit apparaître des quartiers où des communautés de voisinage qui récoltent de l’énergie solaire via des panneaux photovoltaïques et se l’achètent entre eux, voire la revendent, grâce aux plateformes de cryptomonnaies. L’avantage ? Un prix stable qui ne fluctue pas. Même effervescence du côté de la mobilité et des transports. Des projets pilote sont en cours permettant à des résidences de s’appuyer sur un système peer to peer autour de la voiture. Ici, la démarche repose sur l’optimisation de l’utilisation du véhicule, et non plus sur sa possession. Le tout autogérer via la blockchain.

Le double enjeu de la blockchain

Selon le fondateur de Territoires, l’enjeu de la blockchain est double : « le premier s’organise autour du développement, de la croissance, et des revenus. Et le deuxième enjeu est celui de la solidarité, notamment via l’économie collaborative et participative. Il y a une mise en relation directe entre les personnes », analyse l’expert.

L’enjeu de la démocratie

Toutefois, force est de constater que l’émergence de la blockchain soulève de nombreuses interrogations parmi laquelle celle de la capacité des serveurs informatiques à gérer le système. « Il se pourrait qu’on ait besoin de reconstituer une économie avec des hypergoogles etc, pour prendre en charge l’ensemble », lance Jean de Couët. Mais il émet des tréserves surtout sur un point, celui de la responsabilité : « Les tiers de confiance ont une utilité. La démocratie a besoin d’un Etat, de politiques qui organisent les rapports. L’économie de marché repose sur l’offre et la demande. Un système d’autoconsommation, d’autosuffisance pourrait entraîner un repli sécuritaire et un retour sur soi « , s’inquiète-t-il. Avec l’exploitation de la blockchain, on pourrait voir se développer de petites communautés, des petites tribus qui dirigent leur propre système. Et sur cette possibilité, l’expert prône la vigilance : « Le système de tiers de confiance actuel pourrait laisser sa place à la baronie. Et pourtant l’objectif n’est pas de vivre les uns avec les autres, mais bien le vivre ensemble », indique le professionnel.

Une ville faite pour les Hommes

Mais alors à quoi pourrait ressembler la smart city ? A cette question, Jean de Couët apporte une réponse : « L’accumulation des technologies, des innovations sociales nous amènent à un constat : nous ne pouvons plus vivre dans les villes car elles deviennent très chères. La Smart city sera celle dans laquelle on peut vivre, une ville faite pour les Hommes. Il faut penser les villes dans leur diversité, retrouver l’ADN des territoires, et ne pas les standardiser », conclut-il.

Article de Céline Galoffre pour Construcom 

Visuel de Jesse Collins pour Unsplash

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